Khartoum, 20 juillet 2010. Il est 14h50. Un remous inhabituel des forces de l'ordre est perceptible aux alentours de l'aéroport de Khartoum. La circulation est bloquée sur l'avenue principale qui passe devant l'aéroport. Seuls des véhicules militaires circulent à vive allure dans les deux sens. L'atmosphère est lourde. Il se passe quelque chose dans la capitale soudanaise. Nous sommes en voiture et sommes bloqués au niveau du centre commercial « AFRAH », non loin de l'aéroport. La nouvelle commence à enfler à travers tout Khartoum. Nous apprenons que des rebelles tchadiens sont sur le point d'être expulsés. La rumeur qui circule depuis deux mois est entrain de se confirmer aujourd'hui. Les quatre mercenaires en chef longtemps tolérés par le gouvernement du Soudan sont arrêtés. Nous apprenons comme tout le monde que ces gens vont être expulsés aujourd'hui. D'après des témoins, les quatre personnes arrêtées menottes à la mains viennent d'être acheminées vers l'aéroport.
Nous sommes informés que quatre tchadiens vont être expulsés. Qui sont-ils? Il nous faut attendre quelques minutes pour le savoir. Le temps passe et nous avons hâte de mettre un nom sur les quatre personae non grata, même si nous y avons notre petite idée. La circulation sur la principale avenue vient d'être autorisée. Nous avons démarré en trombe pour aller nous enquérir sur ce qui se passe. Arrivés à la maison, nos soupçons sont levés.
« Timan, Adima, Nouri et About sont arrêtés», s'enthousiasme Abdel M. « Ils ont été conduits à l'aéroport pour être expulsés », nous informe avec joie un combattant longtemps exploité par un des mercenaires en chef ligotés et conduits à l'aéroport sous une forte escorte militaire. Soulagé, ce combattant déçu poursuit d'un ton moqueur: « Enfin Dieu nous a débarrassés de ces bandits sans foi ni loi. Ils ont détruit le Tchad et sont venu semer la confusion et le désordre ici au Soudan. Ils détournaient systématiquement notre PGA et ils allaient chez les commerçants prendre des rations en s'endettant », précise-t-il.
Chérif, l'homme qui connaît tout sur les expulsés arrive. Il a le sourire aux lèvres. Il est content, voire heureux. « Je viens de l'aéroport. Vos gars sont déjà chassés. L'avion qui emmène Nouri est parti en premier », nous apprend-il. Il nous explique que Mahamat Nouri est renvoyé vers l'Arabie Saoudite. Quant au sort de Timan et consort, Chérif nous apprend que leur avion a décollé avec un retard d'une demie-heure. « Adouma Hassaballah est tombé dans l'avion. Il crie et demande d'être hospitalisé en simulant une crise de diabète », explique Chérif. « Malgré ses gémissements, l'avion a décollé et les trois ont été renvoyés vers Doha au Qatar », conclue notre informateur avec un grand soupir de soulagement.